Budget : 600 millions d’euros supplémentaires en 2016 pour la sécurité

Les Echos, 15 nov 2015Budget : 600 millions d’euros supplémentaires en 2016 pour la sécurité

FREDERIC SCHAEFFER

Ces crédits devraient se répartir à parts égales entre le financement de nouveaux emplois et des besoins en équipement.

Trois jours après l’annonce par François Hollande de moyens supplémentaires pour lutter contre le terrorisme, Bercy en a évalué le coût pour le budget de l’Etat. De l’ordre de 600 millions d’euros vont être débloqués en plus en 2016 pour renforcer les moyens consacrés à la sécurité.

Lundi, à Versailles, le chef de l’Etat avait annoncé la création d’ici à deux ans de 5.000 emplois supplémentaires dans la police et la gendarmerie, de 2.500 dans la justice et de 1.000 dans les douanes. Les 600 millions d’euros viendront financer les postes créés dès l’an prochain « et les besoins en équipement qui les accompagnent » , a indiqué le ministre des Finances, Michel Sapin, jeudi, au Sénat. « Nous ne les financerons pas par un nouveau rabot sur les ministères ni par une hausse d’impôt » , a précisé le secrétaire d’Etat au Budget, Christian Eckert.

Le gouvernement « assume » donc, « à ce stade de la discussion budgétaire » , une dégradation du déficit. Mais, au regard des 72 milliards de déficit attendus l’an prochain, le surcroît de dépenses de sécurité ne va pas « spectaculairement » modifier la trajectoire budgétaire de la France, a convenu le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici. « Ce n’est pas un tournant de politique économique » , a-t-il poursuivi.

Michel Sapin n’a pas dit autre chose : « La stratégie budgétaire est inchangée » et le plan de 50 milliards d’économies « ne sera amputé que pour faire la place aux dépenses de sécurité » . De quoi relativiser les propos de François Hollande sur le « pacte de sécurité[qui] l’emporte sur le pacte de stabilité » . Le message était d’abord politique et Paris entend toujours ramener son déficit public sous les 3 % de PIB en 2017 ( « Les Echos » du 18 novembre).

L’idée d’un renoncement de la France à ses engagements européens a d’ailleurs été critiquée par la droite. « Ces 600 milions d’euros de dépenses supplémentaires représentent environ 0,03 point de PIB, soit une hausse de seulement 0,1 % des dépenses de l’Etat et peuvent être compensées par des économies complémentaires » , a estimé le rapporteur du budget au Sénat, Albéric de Montgolfier (Les Républicains).

A ce stade, aucune précision n’a été donnée sur la répartition des crédits entre les ministères de l’Intérieur, la Justice et Bercy (dont dépend les Douanes). Et, pour cause, l’analyse précise des besoins commence à peine. Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, fera, par exemple, ses propositions à Matignon d’ici à la fin de la semaine. A la suite de quoi, des amendements seront déposés au Sénat lors de l’examen des crédits des ministères, à partir du 26 novembre). Selon nos informations, les 600 millions d’euros devraient se répartir à parts à peu près égales entre le financement de nouveaux postes et les besoins en équipement. « Il est essentiel que nous puissions investir encore davantage pour les forces de l’ordre, en armes, en protections, en véhicules, en équipements, en nouvelles technologies » , a insisté Bernard Cazeneuve, mercredi à l’Assemblée.

Dans son rapport sur la mission sécurité, le sénateur Les Républicains Philippe Dominati déplore d’ailleurs une « paupérisation » des forces de police et gendarmerie « qui ne disposent plus des moyens en fonctionnement et investissements pour assurer leurs missions » . Ces crédits seront inférieurs de 336 millions d’euros en 2016 par rapport à 2009 pour « des effectifs comparables » , calculait-il avant les dernières annonces de l’exécutif. Et de dénoncer « le choix idéologique » du gouvernement depuis 2012 « de concentrer l’effort budgétaire sur les créations d’emplois » , au détriment de la capacité opérationnelle des forces de sécurité intérieure.

Frédéric Schaeffer

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